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Montréal, le 17 juillet 2020 – Une centaine de participants en tout, se sont joints à la communauté bahá’íe de Montréal pour écouter cinq conférences données par le Dr Todd Lawson, professeur émérite de pensée islamique de l’Université de Toronto, sur « Joseph et la foi bahá’íe ». Il s’agissait de la septième partie d’une série de cours annuels dédiée à la mémoire de Raymond Flournoy sur la foi bahá’íe et Islám. Afin de célébrer la vie Raymond et le présenter aux nombreux participants d’autres parties du monde, un court vidéo-documentaire a également été présenté. Toutes les séances ont été diffusées via une téléconférence en raison de la pandémie.

Le Dr Lawson a expliqué que le tout premier livre de la révélation divine dans la foi bahá’íe, le livre qui a en fait inauguré l’ère Bahá’í, était un commentaire sur le Súrih de Joseph, le 12ème chapitre du Coran. Dans le Livre de la certitude (p. 231), Bahá’u’lláh parle de cette composition comme « le premier, le plus grand et le plus puissant de tous les livres ».

Le cours, dédié à la mémoire brillante de Raymond Flournoy, l’un des premiers Bahá’ís de Montréal, a fait une exploration de l’importance d’un tel choix de la part du Báb. Il aurait évidemment pu ouvrir le nouveau cycle de croissance spirituelle et de développement de quelque façon qu’il choisissait. Pourquoi a-t-il choisi la figure de Joseph comme symbole approprié pour les potentialités de cette nouvelle période de l’histoire humaine ? Pour mieux comprendre une telle relation, certains passages du Súrih de Joseph dans le Coran, l’histoire de Joseph dans la Bible (Genèse 37-50), et la façon dont Joseph apparaît dans les écrits bahá’ís, y compris le chapitre inaugural de Qayyúm al-Asmá' ou Commentaire sur le Súrih de Joseph par le Báb et le Kitáb-i-Íqán ou Le Livre de la Certitude par Bahá’u’lláh ont été explorés en profondeur.

Dans le récit mystique du Báb, les références à l’histoire de Joseph se trouvent partout, certaines directes et évidentes, beaucoup d’autres subtiles, allusives et indirectes. L’effet est celui d’un motif kaléidoscopique, présent partout où l’on se retourne dans la lecture des paroles du Báb, comme si le Qayyúmu’l-Asmá' étaient à la fois une réponse analytique et une nouvelle révélation créative de significations sur l’histoire de Joseph. Le Báb utilise des échos verbaux qui font résonner sa propre mission avec celle des Manifestations antérieures et de présenter des significations entièrement nouvelles dans les épisodes de l’histoire de Joseph. Par exemple, à un moment donné, le Báb se réfère à Lui-Même et ses paroles comme la même lumière qui a été « élevé au milieu du Buisson ardent. »* L’allusion historique n’est pas utilisée simplement pour prêter autorité à sa revendication; au contraire, sa formulation a pour effet d’insuffler un sens métaphorique frais et plus profond dans une vieille image : le Buisson ardent (de l’histoire de Moïse) devient un symbole pour le monde de l’existence, un monde maintenant imprégné de la lumière (la connaissance révélée) d’une révélation nouvelle et contemporaine. L’audace du Báb dans l’utilisation de cette technique de réinterprétation montre à la fois la puissance artistique et conceptuelle de l’écriture du Báb.

Avec le progrès de la foi bahá’íe, l’histoire de Joseph a atteint son apogée d’une manière unique dans l’histoire, comme un récit mystique définissant dans deux religions liées mais indépendantes surgissant dans les dix-neuf ans de l’autre. Bien que le Báb était une Manifestation de Dieu et le fondateur d’une grande religion, Il se percevait aussi comme un précurseur. Il a écrit des tablettes adressées humblement à « Celui que Dieu se rendra manifeste » et à plusieurs reprises mis en garde ses disciples de reconnaître et d’accepter cette figure quand il devrait apparaître.** Bien qu’hardiment Il s’identifie à Joseph dans le Qayyúmu’l-Asmá, le Báb a également utilisé à plusieurs reprises des références à Moïse et le Buisson ardent (comme mentionné précédemment) d’une manière qui l’a fait paraître de placer sa propre Révélation dans un contexte théophanique le plus large alors qu’elle se déroule d’une manière mystérieuse.

Lorsque Bahá’u’lláh déclara sa propre mission en 1863, son annonce fut stupéfiante dans sa portée. Non seulement il prétendait être celui promis par le Báb (le successeur du Báb et une Manifestation indépendante de Dieu), mais, en effet, d’être le Promis de tous les âges (c’est-à-dire celui attendu dans les traditions millénaires de toutes les grandes religions et la figure représentante l’aboutissement d’un grand cycle de religions). Bahá’u’lláh se réfère à Lui-même comme « le Joseph divin » et, comme le Báb, utilise cette histoire comme l’une des métaphores par lesquelles Il définit sa propre mission. Le motif revient dans nombreux de ses œuvres majeures.

Le point culminant de cette série de conférences a été la session présentée par le professeur Stephen Lambden de l’Université de Californie, Merced, département des sciences humaines. Il s’est spécialisé dans les textes religieux abrahamiques et les langues sémitiques comme l’hébreu et l’arabe. La présentation approfondie du professeur Lambden expliquant la relation entre les Saints textes hébreux, chrétiens, islamiques, bábi et bahá’í a clarifié de nombreuses significations spirituelles dans les Écritures du passé et du présent.

Il est à mentionner la présence du Dr Moojan Momen du Royaume-Uni qui est resté éveillé patiemment jusqu’à 2 heures du matin, GMT et a commenté sur divers sujets pour aider les participants à mieux comprendre les écrits du Báb.

Depuis 1985, le Dr Momen et son épouse, la Dre Wendi Momen, gèrent la bibliothèque de Afnán à Sandy, Bedfordshire, Royaume-Uni. The Afnán Library Trust, qui a été créé en tant qu’organisme de bienfaisance indépendant, a tenté au fil des ans de répondre aux souhaits de feu M. Hasan Balyuzi, un descendant du Báb, qui a fait don de toutes ses collections de livres et de manuscrits à cette bibliothèque. De nombreux livres, manuscrits et autres documents d’archives ont été ajoutés à la bibliothèque depuis. La bibliothèque de Afnán est accessible en ligne : http://www.afnanlibrary.org

La coordination de vidéo-conférence en ligne a été habilement assurée par Shahab Akhound-Zadeh.

 Photos : - Golgasht Mossafai, une photo rare du professeur Stephen Lambden et du Dr Moojan Momen lors d’une présentation organisée par la communauté bahá’íe de Harrow 1973, Royaume-Uni.

  • - Un dessin en style miniature persan de Joseph et de ses frères. 

Références:

     *Le Báb, Sélections 41

     ** Bahá’u’lláh, Florilèges des Écrits de Bahá’u’lláh, traduction Shoghi Effendi, version anglaise (Wilmette:Bahá’í Publishing Trust, 1983) 208.

  • Jim Stokes, article publié dans World Order, 29:2
  • Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat est une comédie musicale avec des paroles de Tim Rice et de la musique d’Andrew Lloyd Webber. L’idée est basée sur l’histoire de « manteau de plusieurs couleurs » de Joseph du Livre de la Genèse de la Bible.

Montréal, le 7 juillet 2020 – Des efforts importants sont déjà en cours pour apprendre à créer des modèles d’unité dans les quartiers et les collectivités à Montréal et à travers le monde. Les bahá’ís sont constamment engagés dans de tels efforts depuis de nombreuses années. Le but n’est pas de créer l’uniformité, mais plutôt, l’unité dans la diversité. C’est la reconnaissance que tout le monde a un rôle à jouer pour contribuer à l’amélioration de la société, et que la vraie prospérité, matérielle et spirituelle, sera à notre disposition à tous dans la mesure où nous sommes à la hauteur de cette norme. Nous devrions découvrir sérieusement ce qui est fait, ce qui aide vraiment à faire une différence, et pourquoi ? Nous devrions partager ces perceptions comme un moyen d’inspirer et d’aider le travail des autres. Si nous faisons cela, nous pourrions bientôt nous retrouver au milieu d’une transition de masse vers la justice raciale !

Eddie Elliot (le premier Montréalais d’origine africaine qui a accepté la foi bahá’íe) a participé en tant que représentant de l’Assemblée spirituelle nationale, à la Conférence internationale africaine de l’enseignement qui s’est tenue à Kampala, en Ouganda, en février 1953, mais sa mort prématurée en juillet 1953 alors qu’il travaillait sur un transformateur à haute tension a laissé la Communauté canadienne bahá’íe dépourvue de l’un des rares Canadiens africains à avoir embrassé la foi bahá’íe au Canada à l’époque. Eddie Elliot était connu comme une « âme très pure et distinguée », ayant « chaleur et force », servant de « premier pont entre les communautés noires et blanches de Montréal ». À une époque, il était membre du Conseil interracial de la ville et du Comité de gestion du Centre communautaire noir. Selon Amine De Mille, une croyante bahá’íe et journaliste autonome, « il s’est distingué par ses services loyaux, son caractère honorable et sa belle voix chantante ».

Un autre Afro-Canadien qui était devenu membre du Club de la Fratoriity de May Maxwell à l’époque de la Foi à Montréal, bien qu’il ne soit pas un Bahá’í, était le Dr Phil Edwards (1907-1971), un champion olympique et apparemment le premier antillais noir à obtenir son diplôme d’étude en médecine de l’Université McGill, à Montréal. Coureur de demi-fond, il participe à trois Jeux olympiques (1928, 1932, 1936) et aux Jeux de l’empire britannique de 1934, remportant des honneurs de plus en plus grands. Apparemment, le Dr Edwards a aussi assisté aux réunions d’information, les « coins du feu » dans la maison Maxwell. Il fallait encore huit ans avant qu’une autre Afro-Canadienne – Mme Violet States (née Grant) – ne s’inscrive à la foi bahá’íe en 1942. Mme States était l’organiste de l’église de Révérend Este, et la seule autre membre de cette congrégation, à avoir rejoint la communauté bahá’íe.

L’intérêt des bahá’ís pour atteindre les Afro-Canadiens ne se limitait pas seulement à Montréal. Nous savons que Louis Gregory a entrepris un voyage à Vancouver pour donner des conférences lors de cinq réunions au début des années 1920. L’attention des bahá’ís aux Afro-Canadiens sur la côte est du Canada, et à Toronto, a remporté un certain nombre de résultats, soit en termes d’établissement de relations générales entre la communauté bahá’íe et les Afro-Canadiens, soit en termes d’augmentation du nombre d’adhérents, aussi modeste soit-il. De tels résultats se sont produits à la fin des années 1960.

Un cinquième des membres de la communauté bahá’íe à Montréal, à l’heure actuelle, est composé d’Afro-Canadiens de diverses origines ethniques. Ils sont activement impliqués dans les programmes de l’apprentissage pour l’amélioration du monde.

« Ne savez-vous pas pourquoi Nous vous avons tous créés de la même Poussière? C'est Pour que nul ne s'élève au-dessus des autres. Méditez sans cesse sur la manière dont vous fûtes créés. Puisque Nous vous avons tous faits d'une même substance, il vous incombe d'être comme une seule âme, allant d'un même pas, mangeant d'une même bouche et habitant la même terre afin que, du tréfonds de vous-mêmes, par vos actes et par vos œuvres, les signes de l'unité et l'essence du détachement puissent se manifester. Tel est le conseil que je vous donne, ô assemblée de lumière. Suivez-le attentivement, afin de récolter le fruit de sainteté sur l'arbre de gloire merveilleuse. » -Bahá’u’lláh, Les Paroles cachées

 

Photos: La communauté bahá’íe montréalaise vers 1930 – Eddie Elliot est en arrière à gauche

Rowland Estall, un des premiers bahá’ís de Montréal (1906 - 1993)

Violet States lors d’un concert à Montréal (1950)

Sources : W.C. van den Hoonaard,  The Origins of the Bahá’í Community of Canada

            Canadian Bahá’í News, avril 1953

            Montreal Star, 11 juillet 1953

            Conseil de Montréal, 1928

            Dossiers d’inscription des étudiants de McGill 1930

            Rowland Estall, 1977

            Golgasht Mossafai, entretiens avec Violet States et Raymond Flournoy 2001-2016

Montréal, le 23 juin 2020 – Créer une société juste commence par la reconnaissance de cette vérité fondamentale quel’humanité est une. Il ne suffit pas de croire cela dans nos cœurs ; au contraire elle doit stimuler un devoir moral d’agiret de voir tous les aspects de notre vie personnelle, sociale et institutionnelle sous la loupe de la justice. Cela impliqueune réorganisation de notre société d’une manière plus réfléchie que tout ce que nous avons déjà accompli. Ceci exigela participation de tous les êtres humains de toutes races et de tous les milieux, car ce n’est que par une telleparticipation inclusive que de nouvelles orientations morales et sociales peuvent émerger.

L’un des premiers bahá’ís de Montréal, Rowland Estall, nous donne le compte rendu suivant du travail de Mme Maxwell parmi les Afro-Canadiens de Montréal :

La maison (Maxwell) était pleine de gens, les bahá’ís et de nombreux membres de l’Église unie noire dont le révérend Charles Este était pasteur. Mme Maxwell s’était adressée à la congrégation du révérend Este le dimanche précédent et avait invité la congrégation à lui rendre visite le jeudi suivant ! j’étais assis à côté de Mme Maxwell dans le bureau de M. Maxwell. Au cours de la soirée, la femme de chambre est venue et nous a dit que Mme Maxwell était recherchée à la porte d’entrée. Un policier était arrivé à la suite d’une plainte d’un voisin selon laquelle il y avait eu des perturbations dans le quartier.  Mme Maxwell a dit qu’elle entretenait tout simplement ses invités et a prié le policier d’entrer et à voir par lui-même. Quelque peu gêné et visiblement surpris par le charme et la gentillesse de Mme Maxwell en l’invitant à entrer, il s’en a pris et est parti. Il s’agit d’un incident qui démontre l’hostilité de certains voisins dans ce quartier résidentiel exclusif à l’époque et l’insouciance de Mme Maxwell pour les préjugés de ses voisins..

Cet événement aurait pu faire partie d’une activité conjointe avec les travaux du International Amity Committee qui a eu une réunion locale réussie à Montréal en 1929-1930.

La visite à Montréal de Louis Gregory, le plus éminent afro-américain bahá’í, au cours de l’été 1924, avait sans douterenforcé le propre travail de May Maxwell dans les relations raciales. En 1927, la communauté bahá’íe d’Amérique duNord avait atteint un tournant dans l’amélioration de son climat racial. Lorsque la 19e Convention nationale de lacommunauté nord-américaine bahá’íe s’est tenue à Montréal en avril, la question de race « a été longuement discutéeet avec une franchise sans précédent ». Quelques jours avant la Convention nationale, l’Assemblée spirituellenationale avait organisé une « Conférence mondiale de l’unité » les 24 et 28 avril 1927 et les bahá’ís de Montréalavaient également tenu une Race Amity Meeting les 2 et 4 mars 1930.

Ce qui suit est un récit oculaire de la rencontre d’Abdu’l-Bahá avec quelques jeunes à New-York, en 1912 :

Abdu'l-Bahá se tenait à la porte et accueillait chacun des visiteurs, tantôt avec une poignée de mains, tantôt avec un bras passé autour des épaules, mais toujours en souriant et riant aux éclats comme s'il eût été un de leurs camarades. Les jeunes garçons paraissaient du reste fort à leur aise et n'éprouver aucune gêne dans ce cadre inaccoutumé. Parmi les derniers qui entrèrent se trouvait un enfant d'environ treize ans, à la peau d'un noir d'ébène. Seul de sa race dans le groupe, il craignait évidemment de ne pas être le bienvenu. Aussitôt qu`Abdu'l-Bahá le vit, son visage s'éclaira d'un sourire céleste. Il leva la main en un geste d'accueil royal et s'écria d'une voix forte afin d'être entendu de tous : "Ah ! voici une rose noire !"

Un grand silence se fit dans la chambre. Le visage noir s'illumina d'une joie presque supra-terrestre. Les autres garçons le regardèrent avec de nouveaux yeux. Je crois qu'on l'avait souvent appelé de bien des noms en y ajoutant le mot noir mais jamais encore on ne l'avait qualifié de rose noire.

Cet incident significatif avait complètement modifié l'ambiance. L'atmosphère de la pièce semblait chargée maintenant de vibrations subtiles que chaque âme ressentait. Les jeunes gens, sans rien perdre de leur aisance ni de leur simplicité, étaient plus graves et concentraient plus leur attention sur `Abdu'l-Bahá. Je les vis à plusieurs reprises lancer des coups d'œil furtifs vers leur camarade noir et ils avaient l'air de réfléchir. Pour les quelques amis présents dans la chambre, cette scène évoquait des visions d'un monde nouveau, où chaque créature serait considérée comme étant un enfant de Dieu et traitée comme tel. Quel changement dans New York, pensais-je, si ces garçons gardaient de cette visite un souvenir assez intense pour que, durant toute leur vie, en rencontrant des représentants des différentes races répandues dans la grande ville, ils parviennent à les considérer et à les traiter comme des fleurs de teintes diverses dans le jardin de Dieu. En libérant de ce seul préjugé l'esprit de ces quelques créatures, on procurerait certainement le bonheur a des milliers d'autres âmes et on les guérirait de leur rancœur. Comme il est facile et simple d'être bon, mais aussi comme nous sommes difficiles à éduquer !

À l'arrivée de ses visiteurs, `Abdu'l-Bahá avait fait chercher des bonbons, et on lui apporta une grande boîte de chocolats de luxe assortis, pesant bien cinq livres. Quand l’emballage fut enlevé, il fit le tour de la pièce et, plongeant la main dans la boîte, donna à chaque gamin une grande poignée de chocolats, en l'accompagnant d'un mot aimable et d'un sourire. Il retourna ensuite vers la table et y posa la boite qui ne contenait plus que quelques bonbons. Il choisit un chocolat de forme allongée, fourré de nougat, et d'un brun très foncé. L'ayant considéré un instant, il reporta les yeux sur le groupe des jeunes garçons qui l'observaient attentivement et dans une attitude d'expectative. Sans mot dire, il traversa la pièce, se dirigea vers le jeune noir puis, toujours en silence, mais en lançant au petit groupe un regard perçant et plein d'humour, il approcha le bonbon de la joue noire. Quand il enlaça de son bras les épaules du jeune garçon, son visage rayonnait d'une joie qui semblait illuminer toute la pièce. Point n'était besoin de mots pour exprimer sa pensée, sans aucun doute, les garçons l'avaient comprise.

Vous voyez, semblait-il dire, il n'est pas seulement une fleur noire, mais aussi un bonbon noir. Vous mangez des chocolats noirs et vous les trouvez bons ; peut-être trouveriez-vous votre frère noir excellent aussi une fois que vous auriez goûté sa douceur.

Un silence impressionnant régna de nouveau dans la chambre. Tous les jeunes gens regardèrent encore une fois leur camarade noir avec une réelle surprise, comme s'ils ne l'avaient jamais vu auparavant, ce qui était bien le cas, en vérité. Quant au petit noir vers lequel tous les regards étaient maintenant dirigés, il ne semblait avoir conscience que d`Abdu'l-Bahá. Ses yeux étaient fixés sur le maître avec une expression d'adoration et de félicité telles que je n'en avais encore jamais vues sur aucun visage. Pour l'instant, il était transfiguré. La réalité de son être intérieur se manifestait au dehors, et l'ange qu'il était en vérité se révélait.

Photos : 'Abdu'l-Bahá'í avec les enfants, New York 1912

Louis Gregory et son épouse anglaise Louisa Mathew Gregory

Références : 'Abdu'l-Bahá'í – Mahmud’s Diary

W.C. van den Hoonaard,  The Origins of the Bahá’í Community of Canada

Howard Colby Ives, Les voies de la liberté

Montréal, le 1er juillet 2020 Il est essentiel pour nous, de nous unir dans un processus d’apprentissage de la création de modèles de ce que nous voulons voir dans toutes les dimensions de la vie humaine, alors que nous apprenons à appliquer le principe de l’unité par l’engagement pratique et l’expérience.

Un élément essentiel du processus sera un discours honnête et véridique sur les conditions actuelles et leurs causes, et la compréhension, en particulier, les notions profondément enracinées de l’anti-couleur qui imprègnent notre société. Nous devons renforcer la capacité d’entendre et de reconnaître véritablement la voix de ceux qui ont directement souffert des effets du racisme. Cette capacité devrait se manifester dans nos écoles, nos médias et dans d’autres domaines civiques, ainsi que dans notre travail et nos relations personnelles. Cela ne doit pas se terminer par de belles paroles, mais conduire à une action significative et constructive.

En 1934, l’Assemblée spirituelle de Montréal reçoit une lettre du Comité national de l’amitié de l’Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís des États-Unis et du Canada, l’encourageant à promouvoir l’amitié raciale en organisant des rencontres « dans le but de réunir des citoyens intelligents et ouverts d’esprit », présentant des faits scientifiques concernant la race, invitant les gens « qui ne connaissent pas grand-chose ou rien de la culture africaine », d’entendre ce que ceux-ci cherchent, et quels sont leurs idéaux. Les orateurs de ces rassemblements pourraient être ceux qui n’étaient pas bahá’ís, mais qui approuveraient les principes bahá’ís de l’unité de l’humanité, « sinon il n’y aura pas de résultat ». La lettre encourageait « les bahá’ís en tant qu’un organisme (à) répondre aux besoins et aux objectifs des personnes étrangères au sein d’eux ».

Les objectifs étaient louables et même bien en avance sur leur époque, mais étaient encore tout à fait différents des attitudes contemporaines dans les communautés bahá’íe. À l’époque, la nouvelle religion a été largement considérée par ses adhérents comme principalement un mouvement « appartenant » aux groupes particuliers, qui ont dû tendre la main à diverses races et les gens, plutôt que d’un mouvement appartenant à tous. Une adhérente afro-canadienne a mieux exprimé la question de la « propriété » et a eu ceci à dire lorsqu’on l’a interrogée sur la façon dont elle s’est inscrite dans la communauté bahá’íe :

  • À l’époque, vous deviez écrire une lettre d’intention à l’Assemblée locale indiquant que vous croyiez en les figures centrales de la foi et que vous aviez lu le livre Nouvelle Ère, et le Testament d’Abdu’l-Bahá. Lorsque j’ai rencontré le comité, ils m’ont parlé et m’ont demandé d’aller dans la salle adjacente pendant qu’ils discutaient de mon adhésion. Je savais que, Peu importe s’ils m’acceptent ou non, j’étais un Bahá’í – la foi bahá’íe appartenait à tout le monde. Pourquoi être formel à ce sujet?, je pensais. Ils ne pouvaient pas m’empêcher d’entrer, alors ils m’ont fait entrer ? c’était mon droit.

La première perspective a produit une vision ethnocentrique qui définissait les frontières de la communauté bahá’íe par ceux qui étaient déjà membres. Cela impliquait une vision statique de l’appartenance communautaire, par laquelle les frontières n’étaient pas étendues vers l’extérieur. Un autre objectif, selon la lettre du Comité de l’Amitié, était lié au processus des communautés bahá’íes qui s’instruisaient sur les principes bahá’ís au sujet des relations raciales. À cet égard, le Comité de l’Amitié a résumé certains des obstacles d’antan liés à l’unité raciale sous la forme d’un « manque d’information intelligente, par une trop grande diversité d’opinions, par des préjugés mineurs, par sentimentalité et de l’émotion ».

Le récit d’Edward (Eddie) Elliot (1898-1953), un technicien d’hydroélectricité et l’un des premiers Afro-Canadiens à s’inscrire à la nouvelle religion au Canada illustre le genre de liens que les membres du groupe minoritaire développeraient avec d’autres Bahá’ís. Il a été adhéré à la foi bahá’íe à travers l’église du révérend Este. Sa mère a été une femme de chambre dans la maison Maxwell et Eddie Elliot et Mary Maxwell étaient des amis d’enfance proches. Rowland Estall (l’un des premiers Bahá’ís de Montréal) parle davantage de l’implication de M. Elliot dans la communauté bahá’íe :

  • ... dans sa jeunesse, il (Elliot) faisait à la fois partie du groupe de jeunes bahá’ís et d’un club social organisé par (Mary Maxwell) appelé le « Club de la Fratority ». Par ce mot, Mary Maxwell voulait mettre en place les mots « fraternité » et « sororité » et avait invité les gens à y appartenir, pour la plupart de jeunes étudiants de McGill, qui, autrement, n’auraient pas pu s’inscrire aux fraternités et aux sororités exclusives autour du campus... Plus tard, Elliot fut souvent président de l’Assemblée spirituelle locale de Montréal, bien qu’il restât membre de l’Église noire – le maintien de l’adhésion à son église n’était pas une pratique rare chez les Bahá’ís au cours de ces premières années. Elliot arrivait à la maison Maxwell après la tombée de la nuit pour ne pas éveiller les soupçons parmi les voisins des Maxwell…

Dans une conversation Rowland Estall a demandé Elliot « quand venez-vous au coin du feu (rassemblements informels à la maison de Maxwell)? Et il a dit « après la tombée de la nuit, tu sais que je ne viendrais pas quand il fait jour. » Donc, à neuf heures, il se présentait et il était temps de rentrer à la maison. Ce sont les choses tristes à propos de ces jours ...

L’une des personnes qui était membre de l’église du révérend Este, était Violet State (née Grant), une adolescente de 14 ans. Les parents de Violet et Elliot ont quitté les Antilles pour s’installer au Canada à titre d’ouvriers. Les hommes travaillaient pour la plupart à la Compagnie du Chemin de fer CN, et les femmes travaillaient comme domestiques, comme la mère d’Elliot qui travaillait chez les Maxwell. Elliot était le maître d’un programme d’école du dimanche dans l’église et Violet assistait à ces cours. Elle se souvient qu’Elliot se levais à une certaine heure et partait en disant qu’il devait assister à une autre réunion importante. Finalement, Violet lui demanda un jour au sujet de ces réunions importantes auxquelles Elliot assistait. Elliot a parlé à Violet au sujet de la foi bahá’íe et elle a accepté le message sans aucune hésitation. Violet a travaillé dans diverses écoles de Montréal comme professeur de musique. Elle a également été membre du seul orchestre symphonique composé uniquement des femmes. Cet orchester a donné sa première présentation au Carnegie Hall à New York. Elle a été nommée par la Ville de Montréal comme l’une des dix femmes qui ont bâti cette ville et a reçu un certificat d’honneur de la mairesse de Montréal ! Violet est toujours en vie, en bonne santé et vit dans une maison de retraite à Montréal. Elle a 96 ans!

Photos : L'Assemblée spirituels des Bahá'ís de Montréal 1948 - Eddie Elliot au centre

               Violet State (née Grant) 

W.C. van den Hoonaard,  The Origins of the Bahá’í Community of Canada

Golgasht Mossafai, entretiens avec Violet State et Raymond Flournoy

Pour les histoires de vie de Violet :

Nommer une rue ou un établissement de Verdun en honneur de Violet States ...

Dame bahá’íe parmi les vingt Montréalaises d’exception qui sont nommées « Bâtisseuses de la Cité »

Mémoire d’un des piliers de la foi bahá’íe

Montréal, le 16 juin 2020 - La relation étroite entre la communauté bahá’íe de Montréal et la communauté des « Roses noires » s’est poursuivie grâce au vigoureux travail de Mme Maxwell qui a participé aux œuvres sociaux et philanthropiques de la ville.

En 1927, elle devient présidente d’honneur du Club Nègre de Montréal. Le Club soulagea les difficultés et aida les pauvres et fournisse des vêtements aux immigrants antillais nouvellement arrivés. Le Club partageait gracieusement une soupe très populaire entre les chômeurs, fournissait des parcelles funéraires à ceux qui n’en avaient pas les moyens, et ses membres se portaient volontaires pour offrir des aides aux mères en difficulté financier. La vie des Afro-Canadiens à Montréal, au nombre d’au moins 1200, a été éclipsée dans une situation non saine. Le logement, l’éducation et d’autres installations étaient négligeables, à l’exception des salles de billard et des appartements de la rue Saint-Antoine, entre Windsor et Guy.

L’un des premiers contacts établis par May Maxwell fut l’un des célèbres réformateurs Charles H. Este, pasteur de la seule église noire de Montréal qui dirigea la congrégation de 1925 à 1968. L’Église a été la première de toutes les agences à s’occuper d’activités récréatives, culturelles et éducatives pour les Afro-Canadiens dans la ville. Le révérend Este est devenu un ami personnel de la famille Maxwell et a visité avec Mme Maxwell au Congrès mondial de 1963 à Londres, Royaume-Uni. Il devient ainsi un ami proche de la communauté bahá’íe de Montréal.

Un certain nombre de personnes de l’église du révérend Este sont devenues bahá’ís, y compris M. Eddie Elliot et les deux filles de Mme Blackburn qui avait épousé un homme afro-canadien. Ils sont devenus membres du premier Groupe jeunesse de Montréal.

L’intérêt de Mme Maxwell à accorder une attention personnelle au sort des Afro-Canadiens se reflète dans un récit de quelqu’un qui s’est rendu chez elle à ce moment-là. La femme de chambre a dit au visiteur que Mme Maxwell ne pouvait pas la recevoir aujourd’hui! Puis Mme Maxwell a été vue se précipitant dans les escaliers pour accueillir le visiteur s’excusant en expliquant qu’elle avait une femme à l’étage donnant naissance à un bébé parce qu’elle était noire et qu’aucun des hôpitaux ne voulait la prendre. Donc, elle a été amener son propre médecin et d’avoir ce bébé pour être né juste dans sa propre maison !

Les étudiants de l’université Howard à Washington, D.C., fondée en 1867 pour éduquer les anciens esclaves; était le premier public majoritairement noir que 'Abdu’l-Bahá, s’adressera en Amérique en 1912. Il a commencé par attirer l’attention sur la diversité dans la salle. « Aujourd’hui, je suis heureux, dit-il, car je vois... blanc et noir assis ensemble. Il a ensuite rejeté les opinions dominantes en noir et blanc sur l'existentialisme racial — la croyance répandue que la race d’une personne était au cœur de son humanité : « Il n’y a pas de blancs et de noirs devant Dieu. Toutes les couleurs ne font qu’une, et c’est la couleur de la servitude envers Dieu. Le parfum et la couleur ne sont pas importants. Le cœur est important. Si le cœur est pur, blanc ou noir ou n’importe quelle autre couleur ne fait aucune différence. »

« Alors que je suis ici devant vous ce soir et que je regarde cette assemblée, dit-il à l’auditoire, je me souviens curieusement d’un beau bouquet de violettes réunies dans des couleurs variées, sombres et claires. »

Dans le règne végétal, les couleurs des fleurs multicolores ne sont pas la cause de la discorde. Au contraire, les couleurs sont la cause de l’ornementation d’un jardin parce qu’une seule couleur n’a pas d’attrait; mais quand vous observez des fleurs multicolores, il y a du charme et de la beauté. Le monde de l’humanité, aussi, est comme un jardin, et les êtres humains sont comme les fleurs multicolores.

‘Abdu’l-Bahá avait commencé à élaborer un nouveau langage de la race — une nouvelle gamme d’images et de métaphores raciales — qui contredisait consciemment ces associations racistes et ancrées. Ils ont trouvé leur focus sur Louis Gregory, qui fut le premier bahá’í américain d’origine africaine. — Je vous compare, lui dit ‘Abdu’l-Bahá, à la pupille noire de l’œil. Vous êtes noir et la pupille est de la même couleur, étant donné que la majorité de la lumière entrant dans l'œil est absorbée par elle.

« Quand Louis Gregory s’est rendu à Stuttgart, écrit ‘Abdu’l-Bahá, bien qu’il soit de couleur noire, il brillait comme une lumière vive lors de sa rencontre avec les amis. »… « Il retournera en Amérique très bientôt, dit-il à un ami américain, et vous, le peuple blanc, devriez alors honorer et accueillir cet homme de couleur brillante de telle manière que tout le monde sera étonné. »

Dans un autre discours, 'Abdu’l-Bahá a expliqué que : Parmi les joyaux groupés des races que les noirs soient comme des saphirs et des rubis tandis que les blancs soient comme des diamants et des perles. La beauté composite de l’humanité sera témoin de leur unité et de leur affiliation.

Photos : Le premier group des jeunes bahá'ís ; Eddie Elliot est le premier à gauche

Références : Abdu'l-Bahá'í – Mahmud’s Diary 

W.C. van den Hoonaard,  The Origins of the Bahá’í Community of Canada

Montreal Council’s minutes, 1928

Bertly, Leo W. 1977 : Canada and Its People of African Descent. Montreal

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