Fleur noire de Montréal
- Envoyé spécial
- 18 janv.
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Montréal, le 16 janvier 2026 — Par téléconférence, une quarantaine d’amis venus des quatre coins du Canada se sont réunis pour commémorer et célébrer la vie d’un homme qui, durant des décennies, a insufflé une énergie nouvelle à la communauté montréalaise, cette ville bénie considérée comme le marchepied du Centre de l’Alliance de Bahá’u’lláh.
Son âme s’est envolée vers le jardin d’éternité le 17 janvier 2015, laissant la communauté bahá’íe de Montréal orpheline d’un éclat rare. Cette « fleur noire » se nommait Raymond Flournoy. Quatrième croyant de sa race à embrasser la foi de Bahá’u’lláh dans la métropole, il s’est éteint à l’hôpital St. Mary le 17 janvier, à quelques jours de son 91ᵉ anniversaire qu’il aurait célébré le 6 février.
Né le 6 février 1924 à Forest City, en Arkansas, Raymond était le treizième des quinze enfants de Crawford Franklin Flournoy et de Sally Ingram Flournoy. Il adhéra à la foi bahá’íe le 9 janvier 1962 et devint aussitôt un ardent enseignant de ses principes. Les circonstances de sa déclaration demeurent discrètes, tout comme les raisons qui le conduisirent à s’établir au Canada pour y poursuivre ses études. À l’image des Briseurs de l’Aurore, il semble que l’Esprit l’ait guidé vers ce pays pour y découvrir sa vocation spirituelle. Sans tarder, il se lança dans le champ du service, fidèle à l’exhortation majeure de Bahá’u’lláh : enseigner la Cause.
Pendant plus de quarante ans, Raymond ouvrit la porte de sa maison avec une chaleur inaltérable. Son foyer devint un refuge pour quiconque en franchissait le seuil. Lorsque ses obligations professionnelles l’obligèrent à travailler une année à Toronto, il eut le courage d’expliquer à son employeur qu’il tenait chaque vendredi soir à Montréal des réunions de « coin de feu ». Touché par une telle constance, son patron accepta de le laisser rentrer tous les vendredis afin qu’il puisse poursuivre ces rencontres. Tel était son dévouement, simple et inébranlable.
Enseigner la foi ne lui fut jamais difficile : les cœurs affluaient naturellement vers lui. Des personnes de toutes origines — Premières Nations, Québécois ne parlant pas un mot d’anglais, étudiants, enseignants, familles entières — se retrouvaient chez lui. On y entendait des chants et des rires, des échanges profonds et des apprentissages sincères. Des auditeurs devenaient conférenciers, des conférenciers se faisaient auditeurs, et chacun repartait nourri. Parmi les milliers de visiteurs, plusieurs embrassèrent la foi, touchés par la chaleur de ces soirées. À Montréal, il suffisait d’évoquer la Cause devant un inconnu pour qu’il demande aussitôt : « Comment va Raymond ? » Telle était l’empreinte de son nom.
Membre de l’Assemblée spirituelle de Montréal durant plus de trente ans, trésorier consciencieux pendant de longues années, il contribua de manière décisive, aux côtés de la famille Hashemi, à l’acquisition du Centre bahá’í de Montréal — un véritable joyau pour la communauté. Voyageur passionné, il aimait faire découvrir à ses nièces et neveux la splendeur des temples bahá’ís d’Europe et d’Amérique. Et, chaque hiver, il cherchait quelque rivage de chaleur ; la Thaïlande devint son havre, où il se réfugiait six semaines durant.
Dans ses derniers jours à l’hôpital St. Mary, où il avait lui-même longtemps servi comme bénévole, Raymond attira une foule de visiteurs telle que le personnel s’interrogeait : qui était donc cet homme si différent ? Bientôt, tout le service connaissait la foi, et certaines infirmières le surnommaient affectueusement le « Sidney Poitier » de la communauté bahá’íe.
À ses funérailles, près de 180 personnes — membres des Premières Nations, communauté noire de Montréal, amis des villes voisines, représentants du conseil bahá’í du Québec et de l’Assemblée spirituelle — l’accompagnèrent dans un recueillement solennel jusqu’à sa demeure ultime, demeurant près de lui jusqu’à ce que les derniers pétales de fleurs sur son cercueil disparaissent sous la terre.
Raymond fut un grand frère pour tous. Son absence laisse un vide immense, mais son souvenir continue d’éclairer Montréal comme une fleur sombre et précieuse dont le parfum ne s’éteint pas.



